Biographie
Biographie
Antoine Piel - Compositeur
Antoine Piel - Compositeur

démarche

     « Si le courant était enfin rétabli entre mélomanes et créateurs, ce pourrait être la fin des classifications inutiles, de la "musique classique" et de la "musique contemporaine", pour retourner, finalement, et tous ensemble, dans le monde de la musique. » (Frédéric Chaslin, La Musique dans tous les sens, éd. France-Empire, 2009)

 

Mon rapport au langage musical :

 

Ecrire tonal ? modal ? atonal ? La question du langage est, paradoxalement, de bien faible importance pour qui ne rêve que de "discours musical" et de "dialogue musical", pour reprendre les titres de deux célèbres ouvrages de Nikolaus Harnoncourt sur la musique baroque. Ma musique, en effet, est avant tout théâtre : elle met en scène des situations, des personnages, parfois même des histoires. Pour la suivre il ne faut qu'un peu de la naïveté des enfants : l'envie de connaître l'histoire, de vibrer avec celle-ci.

 

Bien entendu, cela ne résout pas complètement la question du langage musical, de la langue du conteur de cette histoire. Or, pour le penseur et le mélomane averti, la musique est allée au XXe siècle au bout de la dissonance et d'une esthétique de la rupture, accompagnant ainsi l'éclatement de la conscience de l'individu et l'horreur face aux barbaries de l'histoire. Mais ce fut au point peut-être d'user la perception. Et pour le profane vraiment peu curieux de ce qui se fait, la musique ne se révèle que sous la forme d'un langage simple, voire simpliste, fondé sur quelques accords et quelques rythmes binaires. Comment attirer à la fois ces deux publics vers une musique vivante d'aujourd'hui ? Comment rassembler ces deux extrêmes, et entre ceux-ci surtout tout un public mélomane, amoureux de musique classique, mais que les aspérités et fractures des langages nouveaux, même vieux d'un siècle, effraient ?

 

Pour moi, la vision rayonnante de l'existence n'est ni plus vraie ni plus fausse que son interprétation tragique, mais je préfère placer le curseur vers la première, qui m'invite à penser le monde plus harmonieux. Pour ma sensibilité du XXIe siècle, c'est vrai, ce langage éclaté que nous ont légué les compositeurs du siècle dernier est un point de départ incontournable. Mais à chaque nouvelle pièce, j'y creuse une mémoire du tonal, de la mélodie et de la danse, je tente de trouver dans l'exercice physique et spirituel du chant la vraie source d'un lyrisme non pas personnel mais collectif et profond, une sorte de chant fondamental, comme un emblème de la liberté créatrice au milieu des brouillages de toutes sortes. J'ose croire que le mélomane averti m'accompagnera volontiers dans ce trajet qui va, à l'intérieur même de ma musique, de la discordance à l'harmonie. J'ose croire aussi que le néophyte saura apprécier une mise en scène nouvelle pour lui, et signifiante, de l'évidence mélodique et rythmique dans des situations qui surprendront son écoute.

 

        « Cela m'est évident, écrit Rimbaud : j'assiste à l'éclosion de ma pensée : je la regarde, je l'écoute : je lance un coup d'archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d'un bond sur la scène. » (Lettre à Paul Demeny, 15 mai 1871)

 

Je suis proche du poète et me nourris de poésie, j'en fais même dans ma musique une sorte de défense et illustration : je veux la porter à la scène, aux oreilles, aux sens et à l'émotion des auditeurs-spectateurs. Je compose avec ce qui chante en moi. Pas étonnant que dans ces voix résonnent celles de Bach ou de Stravinsky, de Mozart ou de Ligeti, de John Coltrane ou de Michel Portal, et de quelques échos populaires. Rencontre de l'autre : métissage, fusion, transposition, c'est-à-dire ces fameuses "ressemblances involontaires" revendiquées par un autre poète : Eluard...

 

La musique que j'aime c'est ce qui chante en moi, oui. Mais c'est un peu confus, je ne l'entends pas bien... il faut l'accoucher.

 

Mon spectacle "Souviens-toi qu'un autre jour viendra", créé en mars 2017, est un peu la quintessence de tout cela, comme un aboutissement. Mais c'est aussi une simple étape dans ma quête de tous les possibles. Ce qui n'est encore qu'en germe devra être plus étonnant encore.

 

Antoine Piel